Discours sur la politique étrangère de la France à l’Alliance Française du North Shore

Intervention du Consul général de France Vincent Floreani sur la politique étrangère de la France devant les membres de l’Alliance Française du North Shore - Wilmette (IL)
(15 décembre 2014)


Je vous remercie de me recevoir aujourd’hui et c’est un grand plaisir pour moi d’être avec vous à l’Alliance française du North Shore, fondée en 1912 !

Les Alliances françaises jouent un rôle formidable pour diffuser et promouvoir la langue et la culture françaises. Elles contribuent ainsi à resserrer les liens avec nos amis américains. Ce sont pour moi des objectifs prioritaires.

Je veux rendre hommage au travail que chacune et chacun d’entre vous accomplit dans ce domaine. Vous êtes des amis de la France, vous aimez la langue française et vous la faites rayonner, ici, depuis 102 ans. Je vous en suis infiniment reconnaissant.

Nous allons échanger aujourd’hui sur la politique étrangère de la France. Je vous propose une brève présentation d’une vingtaine de minutes en français puis un échange avec vous sous forme de questions / réponses.

Comment se présente le monde à la fin de l’année 2014 ?

Au cours des derniers mois, les crises complexes ont semblé se multiplier : crises régionales - l’Irak et la Syrie, l’Ukraine, le Sahel, Gaza et Israël - crises mondiales - Ebola, dérèglements climatiques, dérèglements économiques et financiers.

Ces crises sont très diverses. Ce qui frappe, c’est leur simultanéité et la difficulté à les résoudre de façon collective. Pourquoi ?

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, identifie trois raisons :
La première raison est l’absence dans le monde d’une puissance décisive. Après la seconde guerre mondiale, le monde était organisé autour de deux pôles, les Etats-Unis et l’URSS. Ils s’affrontaient mais savaient aussi se retrouver pour éviter le pire. Il y a eu ensuite, la puissance solitaire des Etats-Unis. Il n’y a plus aujourd’hui de puissance régulatrice.

La deuxième raison est la fragmentation de la puissance. De nouveaux Etats émergent et réclament, souvent avec raison d’avoir leur mot à dire dans les débats internationaux. Des Etats s’effondrent, comme la Libye. Des groupes non-étatiques - comme celui qui se présente comme "l’Etat islamique" - prétendent gouverner des morceaux de territoires.

La troisième est la dispersion de la capacité de détruire. Des groupes et des individus peuvent aujourd’hui acquérir facilement et à un coût peu élevé des armes et provoquer des attentats ou des attaques retentissantes.
C’est donc dans un monde fragmenté, sans organisation efficace, avec des acteurs nouveaux et difficiles à appréhender que la diplomatie française doit se définir et agir.

Dans ces circonstances nouvelles, la politique étrangère de la France reste fondée sur des valeurs issues de son histoire :
Quelles sont ces valeurs que la France défend dans le monde ?
Il s’agit notamment de la défense des droits de l’Homme ; l’organisation multilatérale du monde ; la primauté du droit ; le respect des frontières, la solidarité entre les Nations.

Ces valeurs trouvent leur origine dans l’histoire de la France.
La défense des droits de l’Homme et des libertés individuelles, par exemple, résulte du mouvement philosophique des Lumières et de la Révolution française de 1789, qui a amené à la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen.

L’organisation multilatérale du monde résulte des catastrophes de la Première puis de la Seconde Guerre mondiale et le souhait de renoncer à la guerre pour régler les différends. La France est membre fondateur de la Société des Nations puis de l’Organisation des Nations unies. Elle est aussi membre fondateur de l’Otan et est à l’origine de la création de la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier qui conduira à l’Union européenne.

Tout au long de son histoire, la France a noué des liens très étroits avec de nombreux pays. Avec les Etats-Unis, par exemple, un traité d’amitié et d’Alliance est signé depuis 1778 avec les Provinces Unies d’Amérique. Avec les anciennes colonies françaises, en Afrique ou ailleurs, la France maintient une solidarité et un dialogue étroit. Enfin, la France et les pays de l’Union européenne mettent en œuvre, ensemble, des politiques dans de nombreux domaines.

La langue française est aussi un facteur important dans la politique étrangère de la France. Au travers de l’organisation de la Francophonie, c’est le partage d’une langue et de valeurs communes. Ce sont aussi des solidarités et une vision du monde où la diversité culturelle est perçue comme un enrichissement pour tous. La langue française représente pour beaucoup de peuples la langue de la liberté et de l’émancipation. Parler le français, c’est pouvoir lire dans le texte la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, la déclaration universelle de droits de l’Homme de 1948 aussi.

Dans ce contexte, quelles sont les priorités de la politique étrangère de la France ?
Permettez-moi d’en citer cinq : la paix, la régulation, la préservation du monde, l’économie, et l’Europe.

Le premier objectif, c’est de contribuer à assurer la paix et la sécurité dans le monde. Ce n’est pas le pacifisme. La France, qui est l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies prend ses responsabilités pour assurer la paix.

Elle l’a fait au Mali, d’abord pour préparer avec les Africains une mission internationale. Ensuite, pour intervenir quand les groupes terroristes s’apprêtaient à prendre Bamako, la capitale de ce pays. Elle l’a fait en République centrafricaine pour éviter des massacres. Elle agit aussi en Irak pour protéger les populations attaquées par les terroristes. Elle s’efforce de promouvoir l’apaisement entre Russes et Ukrainiens. Elle s’assure que l’Iran ne pourra pas disposer d’une bombe atomique.
Elle agit toujours en accord avec le droit international et en particulier avec le soutien du Conseil de sécurité de l’ONU.

Le deuxième objectif, c’est la régulation mondiale. Le Conseil de sécurité des Nations unies, qui a pour mission d’assurer la paix et la sécurité internationale, est fréquemment paralysé. On l’a vu dans la crise syrienne, où plus de 200 000 personnes ont trouvé la mort. Par trois fois, la Russie et la Chine ont mis un veto à un projet de résolution pourtant modéré.

La France propose que, lorsqu’il y a un crime de masse, les membres permanents du Conseil de sécurité - Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie - acceptent de ne pas utiliser leur droit de veto. Elle reçoit le soutien de nombreux pays et d’organisations des droits de l’Homme dans cette démarche.

La France souhaite aussi que la composition du Conseil de sécurité des Nations unies accepte de nouveaux membres permanents, d’Asie, d’Amérique latine, d’Afrique.


La préservation de la planète constitue un troisième objectif. Les dérèglements du climat sont sans précédent : sécheresse catastrophique ici, tornade destructrice là, inondations mortelles, montée angoissante du niveau des mers. Ce sont des menaces réelles non seulement pour la paix et la sécurité mais aussi pour la survie des êtres humains.

Dans un an à Paris, en décembre 2015, se tiendra une conférence internationale sur le climat. Elle fait suite à celle qui vient de s’achever ce week-end à Lima au Pérou.
Quel est notre but ? Obtenir un accord universel et des moyens financiers pour aider les pays les plus pauvres afin de réduire l’émission de gaz à effet de serre.

Les entreprises, les gouvernements locaux, les organisations non gouvernementales agissent déjà. Ces acteurs seront aussi invités et pourront présenter les mesures qu’ils prennent.


Le quatrième objectif de notre politique étrangère est le rayonnement de la France. La France a des atouts. Elle a un réseau diplomatique qui est le troisième du monde. Elle est la cinquième puissance économique au monde. C’est une puissance militaire. C’est aussi un pays de rayonnement culturel, avec une langue qui pourra être parlée, dans plusieurs années, par des centaines de millions de personnes.

Mais cette position internationale pourrait s’affaiblir si le redressement économique de la France ne s’accélère pas. Les Ambassadeurs et les consuls sont de plus en plus impliqués pour promouvoir les relations économiques avec leur pays de résidence. Ici, cela veut dire aider les entreprises françaises à s’établir dans le Midwest et encourager les entreprises américaines de cette région à investir en France. C’est aussi présenter les réformes importantes qui sont mises en œuvre dans notre pays.


Last, but not least, la relance et la réorientation de l’Union européenne. Cet ensemble, qui compte aujourd’hui 28 pays membres, a assuré depuis six décennies la paix et la sécurité du continent. Mais dans une Europe où la croissance économique est faible et le taux de chômage élevé, nous souhaitons que l’Union agisse pour favoriser l’investissement et la croissance.


Merci beaucoup de votre attention lors de cette brève présentation. Je suis maintenant prêt à échanger avec vous./.

Dernière modification : 15/12/2014

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